Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/41

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée





LETTRE V.


DE MDE. D’ORBE À L’AMANT DE JULIE.


Dans cette lettre étoit incluse la précédente.


Bien arrivé ! cent fois le bien arrivé, cher Saint-Preux ! car je prétends que ce nom [1] vous demeure, au moins dans notre société. C’est, je crois, vous dire assez qu’on n’entend pas vous en exclure, à moins que cette exclusion ne vienne de vous. En voyant par la lettre ci-jointe que j’ai fait plus que vous ne me demandiez, apprenez à prendre un peu plus de confiance en vos amis & à ne plus reprocher à leur cœur des chagrins qu’ils partagent quand la raison les force à vous en donner. M. de Wolmar veut vous voir ; il vous offre sa maison, son amitié, ses conseils : il n’en faloit pas tant pour calmer toutes mes craintes sur votre voyage & je m’offenserois moi-même si je pouvois un moment me défier de vous. Il fait plus, il prétend vous guérir & dit que ni Julie, ni lui, ni vous, ni moi, ne pouvons être parfaitement heureux sans cela. Quoique j’attende beaucoup de sa sagesse & plus de votre vertu, j’ignore quel sera le succès de cette entreprise. Ce que je sais bien, c’est qu’avec la femme qu’il a, le soin qu’il veut prendre est une pure générosité pour vous.

  1. C’est celui qu’elle lui avoit donné devant ses gens à son précédent voyage. Voyez Tome II, Lettre XLII.