Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/424

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


effet est tout opposé ; en réprimant les transports que vous causiez autrefois, cet empire est plus grand, plus sublime encore ; la paix, la sérénité, succedent au trouble des passions ; mon cœur toujours formé sur le vôtre, aima comme lui & devient paisible à son exemple.

Mais ce repos passager n’est qu’une trêve ; & j’ai beau m’élever jusqu’à vous en votre présence, je retombe en moi-même en vous quittant. Julie, en vérité, je crois avoir deux âmes, dont la bonne est en dépôt dans vos mains. Ah ! voulez-vous me séparer d’elle ? Mais les erreurs des sens vous alarment ? Vous craignez les restes d’une jeunesse éteinte par les ennuis ; vous craignez pour les jeunes personnes qui sont sous votre garde ; vous craignez de moi ce que le sage Wolmar n’a pas craint ! Ô Dieu ! que toutes ces frayeurs m’humilient ! Estimez-vous donc votre ami moins que le dernier de vos gens ! Je puis vous pardonner de mal penser de moi, jamais de ne vous pas rendre à vous-même l’honneur que vous vous devez. Non, non ; les feux dont j’ai brûlé m’ont purifié ; je n’ai plus rien d’un homme ordinaire. Après ce que je fus, si je pouvais être vil un moment, j’irais me cacher au bout du monde & ne me croirais jamais assez loin de vous.

Quoi ! je troublerai cet ordre aimable que j’admirais avec tant de plaisir ? Je souillerais ce séjour d’innocence & de paix que j’habitais avec tant de respect ? Je pourrais être assez lâche ? … Eh ! comment le plus corrompu des hommes ne serait-il pas touché d’un si charmant tableau ? Comment