Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/425

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ne reprendrait-il pas dans cet asyle l’amour de l’honnêteté ? Loin d’y porter ses mauvaises mœurs, c’est là qu’il iroit s’en défaire… Qui ? moi, Julie, moi ? … si tard ? … sous vos yeux ? … chére amie, ouvrez-moi votre maison sans crainte ; elle est pour moi le temple de la vertu ; partout j’y vois son simulacre auguste & ne puis servir qu’elle auprès de vous. Je ne suis pas un ange, il est vrai ; mais j’habiterai leur demeure, j’imiterai leurs exemples : on les fuit quand on ne leur veut pas ressembler.

Vous le voyez, j’ai peine à venir au point principal de votre lettre, le premier auquel il faloit songer, le seul dont je m’occuperais si j’osais prétendre au bien qu’il m’annonce ! Ô Julie ! ame bienfaisante ! amie incomparable ! en m’offrant la digne moitié de vous-même & le plus précieux trésor qui soit au monde après vous, vous faites plus, s’il est possible, que vous ne fîtes jamais pour moi. L’amour, l’aveugle amour put vous forcer à vous donner ; mais donner votre amie est une preuve d’estime non suspecte. Des cet instant je crois vraiment être homme de mérite, car je suis honoré de vous. Mais que le témoignage de cet honneur m’est cruel ! En l’acceptant je le démentirais & pour le mériter il faut que j’y renonce. Vous me connaissez : jugez-moi. Ce n’est pas assez que votre adorable cousine soit aimée ; elle doit l’être comme vous, je le sais : le sera-t-elle ? le peut-elle être ? & dépend-il de moi de lui rendre sur ce point ce qui lui est dû ? Ah ! si vous vouliez m’unir avec elle, que ne me laissiez-vous un cœur à lui donner, un cœur auquel elle inspirât des sentimens