Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/427

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que ce charme pût augmenter par une union plus étroite, les plus doux plaisirs que j’y goûte me seroient ôtés. Son humeur badine peut laisser un aimable essor à son amitié, mais c’est quand elle a des témoins de ses caresses. Je puis avoir quelque émotion trop vive auprès d’elle, mais c’est quand votre présence me distroit de vous. Toujours entre elle & moi dans nos tête-à-tête, c’est vous qui le rendez délicieux. Plus notre attachement augmente, plus nous songeons aux chaînes qui l’ont formé ; le doux lien de notre amitié se resserre & nous nous aimons pour parler de vous. Ainsi mille souvenirs chers à votre amie, plus chers à votre ami, les réunissent : uni par d’autres nœuds, il y faudra renoncer. Ces souvenirs trop charmans ne seraient-ils pas autant d’infidélités envers elle ? & de quel front prendrais-je une épouse respectée & chérie pour confidente des outrages que mon cœur lui feroit malgré lui ? Ce cœur n’oseroit donc plus s’épancher dans le sien, il se fermeroit à son abord. N’osant plus lui parler de vous, bientôt je ne lui parlerais plus de moi. Le devoir, l’honneur, en m’imposant pour elle une réserve nouvelle, me rendroient ma femme étrangere & je n’aurais plus ni guide ni conseil pour éclairer mon ame & corriger mes erreurs. Est-ce là l’hommage qu’elle doit attendre ? Est-ce là le tribut de tendresse & de reconnaissance que j’irais lui porter ? Est-ce ainsi que je ferais son bonheur & le mien ?

Julie, oubliâtes-vous mes sermens avec les vôtres ? Pour moi, je ne les ai point oubliés. J’ai tout perdu ; ma foi seule m’est restée ; elle me restera jusqu’au tombeau. Je