Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/479

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ce point tout ce qui dépendoit de moi Si Dieu n’a pas éclairé ma raison au-delà, il est clément & juste ; pourrait-il me demander compte d’un don qu’il ne m’a pas fait ?

Voilà, monsieur, ce que j’avois d’essentiel à vous dire sur les sentimens que j’ai professés. Sur tout le reste mon état présent vous répond pour moi. Distraite par le mal, livrée au délire de la fievre, est-il tems d’essayer de raisonner mieux que je n’ai fait, jouissant d’un entendement aussi sain que je l’ai reçu ? Si je me suis trompée alors, me tromperais-je moins aujourd’hui & dans l’abattement où je suis, dépend-il de moi de croire autre chose que ce que j’ai cru étant en santé ? C’est la raison qui décide du sentiment qu’on préfere ; & la mienne ayant perdu ses meilleures fonctions, quelle autorité peut donner ce qui m’en reste aux opinions que j’adopterois sans elle ? Que me reste-t-il donc désormois à faire ? C’est de m’en rapporter à ce que j’ai cru ci-devant : car la droiture d’intention est la même & j’ai le jugement de moins. Si je suis dans l’erreur, c’est sans l’aimer ; cela suffit pour me tranquilliser sur ma croyance.

Quant à la préparation à la mort, Monsieur, elle est faite ; mal, il est vrai, mais de mon mieux & mieux du moins que je ne la pourrois faire à présent. J’ai tâché de ne pas attendre, pour remplir cet important devoir, que j’en fusse incapable. Je priois en santé, maintenant je me résigne. La priere du malade est la patience. La préparation à la mort est une bonne vie ; je n’en connois