Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/481

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& de fautes, mais exempte des remords de l’impie & des crimes du méchant.

À quels tourmens Dieu pourrait-il condamner mon âme ? Les réprouvés, dit-on, le haissent ; il faudroit donc qu’il m’empêchât de l’aimer ? Je ne crains pas d’augmenter leur nombre. Ô grand Etre ! Etre éternel, suprême intelligence, source de vie & de félicité, créateur, conservateur, pere de l’homme & roi de la nature, Dieu tres puissant, tres bon, dont je ne doutai jamais un moment & sous les yeux duquel j’aimai toujours à vivre ! je le sais, je m’en réjouis, je vais paroître devant ton trône. Dans peu de jours mon ame, libre de sa dépouille, commencera de t’offrir plus dignement cet immortel hommage qui doit faire mon bonheur durant l’éternité. Je compte pour rien tout ce que je serai jusqu’à ce moment. Mon corps vit encore, mais ma vie morale est finie. Je suis au bout de ma carriere & déjà jugée sur le passé. Souffrir & mourir est tout ce qui me reste à faire ; c’est l’affaire de la nature : mais moi, j’ai tâché de vivre de maniere à n’avoir pas besoin de songer à la mort ; & maintenant qu’elle approche, je la vois venir sans effroi. Qui s’endort dans le sein d’un pere n’est pas en souci du réveil.

Ce discours, prononcé d’abord d’un ton grave & posé, puis avec plus d’accent & d’une voix plus élevée, fit sur tous les assistants, sans m’en excepter, une impression d’autant plus vive, que les yeux de celle qui le prononça brilloient