Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/482

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d’un feu surnaturel ; un nouvel éclat animoit son teint, elle paraissoit rayonnante ; & s’il y a quelque chose au monde qui mérite le nom de céleste, c’étoit son visage tandis qu’elle parlait.

Le Pasteur lui-même, saisi, transporté de ce qu’il venoit d’entendre, s’écria en levant les mains & les yeux au ciel : Grand Dieu, voilà le culte qui t’honore ; daigne t’y rendre propice ; les humains t’en offrent peu de pareils.

Madame, dit-il en s’approchant du lit, je croyois vous instruire & c’est vous qui m’instruisez. Je n’ai plus rien à vous dire. Vous avez la véritable foi, celle qui fait aimer Dieu. Emportez ce précieux repos d’une bonne conscience, il ne vous trompera pas ; j’ai vu bien des chrétiens dans l’état où vous êtes, je ne l’ai trouvé qu’en vous seule. Quelle différence d’une fin si paisible à celle de ces pécheurs bourrelés qui n’accumulent tant de vaines & seches prieres que parce qu’ils sont indignes d’être exaucés ! Madame, votre mort est aussi belle que votre vie : vous avez vécu pour la charité ; vous mourez martyre de l’amour maternel. Soit que Dieu vous rende à nous pour nous servir d’exemple, soit qu’il vous appelle à lui pour couronner vos vertus, puissions-nous tous tant que nous sommes vivre & mourir comme vous ! Nous serons bien sûrs du bonheur de l’autre vie.

Il voulut s’en aller ; elle le retint. Vous êtes de mes amis, lui dit-elle & l’un de ceux que je vois avec le plus de plaisir ; c’est pour eux que mes derniers momens me sont précieux. Nous allons nous quitter pour si long-tems qu’il ne faut