Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/499

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Je compris, à la réponse du pasteur & à quelques signes d’intelligence, qu’un des poins ci-devant contestés entre eux étoit la résurrection des corps. Je m’aperçus aussi que je commençois à donner un peu plus d’attention aux articles de la religion de Julie où la foi se rapprochoit de la raison.

Elle se complaisoit tellement à ces idées, que quand elle n’eût pas pris son parti sur ses anciennes opinions, c’eût été une cruauté d’en détruire une qui lui sembloit si douce dans l’état où elle se trouvait. Cent fois, disait-elle, j’ai pris plus de plaisir à faire quelque bonne œuvre en imaginant ma mere présente qui lisoit dans le cœur de sa fille & l’applaudissait. Il y a quelque chose de si consolant à vivre encore sous les yeux de ce qui nous fut cher ! Cela fait qu’il ne meurt qu’à moitié pour nous. Vous pouvez juger si, durant ces discours, la main de Claire étoit souvent serrée.

Quoique le pasteur répondît à tout avec beaucoup de douceur & de modération ; & qu’il affectât même de ne la contrarier en rien, de peur qu’on ne prît son silence sur d’autres poins pour un aveu, il ne laissa pas d’être ecclésiastique un moment & d’exposer sur l’autre vie une doctrine opposée. Il dit que l’immensité, la gloire & les attributs de Dieu, seroit le seul objet dont l’ame des bienheureux seroit occupée ; que cette contemplation sublime effaceroit tout autre souvenir ; qu’on ne se verroit point, qu’on ne se reconnaîtroit point, même dans le ciel & qu’à cet aspect ravissant on ne songeroit plus à rien de terrestre.