Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/533

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plusieurs bijoux d’Angleterre. Elle lui renvoya le tout avec ce billet.

"J’ai perdu le droit de refuser des présens. J’ose pourtant vous renvoyer le vôtre ; car peut-être n’aviez-vous pas dessein d’en faire un signe de mépris. Si vous le renvoyez encore, il faudra que je l’accepte ; mais vous avez une bien cruelle générosité."

Edouard fut frappé de ce billet, il le trouvoit à la fois humble & fier. Sans sortir de la bassesse de son état, Laure y montroit une sorte de dignité. C’étoit presque effacer son opprobre à force de s’en avilir. Il avoit cessé d’avoir du mépris pour elle ; il commença de l’estimer. Il continua de la voir sans plus parler de présent ; & s’il ne s’honora pas d’être aimé d’elle, il ne put s’empêcher de s’en applaudir.

Il ne cacha pas ces visites à la Marquise. Il n’avoit nulle raison de les lui cacher ; & c’eût été de sa part une ingratitude. Elle en voulut savoir davantage. Il jura qu’il n’avoit point touché Laure. Sa modération eut un effet tout contraire à celui qu’il en attendoit. Quoi ! s’écria la Marquise en fureur ; vous la voyez & ne la touchez point ? Qu’allez-vous donc faire chez elle ? Alors s’éveilla cette jalousie infernale qui la fit cent fois attenter à la vie de l’un & de l’autre & la consuma de rage jusqu’au moment de sa mort.

D’autres circonstances acheverent d’allumer cette passion furieuse & rendirent cette femme à son vrai caractere. J’ai déjà remarqué que dans son integre probité Edouard manquoit