Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/535

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son ame accablée le ressort qu’elle avoit perdu. Quel effet ne faisoient-ils point partant d’une bouche aimée & pénétrant un cœur bien né que le sort livroit à la honte, mais que la nature avoit fait pour l’honnêteté ? C’est dans ce cœur qu’ils trouvoient de la prise & qu’ils portoient avec fruit les leçons de la vertu.

Par ces soins bienfaisans, il la fit enfin mieux penser d’elle. S’il n’y a de flétrissure éternelle que celle d’un cœur corrompu, je sens en moi de quoi pouvoir effacer ma honte. Je serai toujours méprisée, mais je ne mériterai plus de l’être ; je ne me mépriserai plus. Echappée à l’horreur du vice, celle du mépris m’en sera moins amere. Eh ! que m’importent les dédains de toute la terre, quand Edouard m’estimera ? Qu’il voie son ouvrage & qu’il s’y complaise ; seul il me dédommagera de tout. Quand l’honneur n’y gagneroit rien, du moins l’amour y gagnera. Oui, donnons au cœur qu’il enflamme une habitation plus pure. Sentiment délicieux ! je ne profanerai plus tes transports. Je ne puis être heureuse ; je ne le serai jamais, je le sais. Hélas ! Je suis indigne des caresses de l’amour, mais je n’en souffrirai jamais d’autres.

Son état étoit trop violent pour pouvoir durer ; mais quand elle tenta d’en sortir, elle y trouva des difficultés qu’elle n’avoit pas prévues. Elle éprouva que celle qui renonce au droit sur sa personne, ne le recouvre pas comme il lui plaît & que l’honneur est une sauve-garde civile qui laisse bien foibles ceux qui l’ont perdu. Elle ne trouva d’autre parti pour se retirer de l’oppression, que d’aller brusquement se jetter