Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/55

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LETTRE VII.


DE MDE. DE WOLMAR À MDE. D’ORBE.


Si tu nous avois accordé le délai que nous te demandions, tu aurois eu le plaisir avant ton départ d’embrasser ton protégé. Il arriva avant-hier & vouloit t’aller voir aujourd’hui ; mais une espece de courbature, fruit de la fatigue & du voyage, le retient dans sa chambre & il a été saigné [1] ce matin. D’ailleurs, j’avois bien résolu, pour te punir, de ne le pas laisser partir sitôt ; & tu n’as qu’à le venir voir ici, ou je promets que tu ne le verras de long-tems. Vraiment cela seroit bien imaginé qu’il vît séparément les inséparables !

En vérité, ma cousine, je ne sais quelles vaines terreurs m’avoient fasciné l’esprit sur ce voyage & j’ai honte de m’y être opposée avec tant d’obstination. Plus je craignois de le revoir, plus je serois fâchée aujourd’hui de ne l’avoir pas vu ; car sa présence a détruit des craintes qui m’inquiétoient encore & qui pouvoient devenir légitimes à force de m’occuper de lui. Loin que l’attachement que je sens pour lui m’effraye, je crois que s’il m’étoit moins cher je me défierois plus de moi ; mais je l’aime aussi tendrement que jamais, sans l’aimer de la même maniere. C’est de la comparaison de ce que j’éprouve à sa vue & de ce que j’éprouvois jadis que je tire la sécurité de mon état présent &

  1. Pourquoi saigné ? Est-ce aussi la mode en Suisse ?