Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/65

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l’ami y seroit toujours rentré par quelque coin, d’autant plus que le mari ne la devoit point voir.

M. de Wolmar auroit encore observé l’attention que tu as mise à examiner son hôte & le plaisir que tu prends à le décrire ; mais il mangeroit Aristote & Platon avant de savoir qu’on regarde son amant & qu’on ne l’examine pas. Tout examen exige un sang-froid qu’on n’a jamais en voyant ce qu’on aime.

Enfin il s’imagineroit que tous ces changemens que tu as observés seroient échappés à une autre ; & moi j’ai bien peur au contraire d’en trouver qui te seront échappés. Quelque différent que ton hôte soit de ce qu’il était, il changeroit davantage encore, que, si ton cœur n’avoit point changé, tu le verrais toujours le même. Quoi qu’il en soit, tu détournes les yeux quand il te regarde : c’est encore un fort bon signe. Tu les détournes, cousine ? Tu ne les baisses donc plus ? Car suremen tu n’as pas pris un mot pour l’autre. Crois-tu que notre sage eût aussi remarqué cela ?

Une autre chose tres capable d’inquiéter un mari, c’est je ne sais quoi de touchant & d’affectueux qui reste dans ton langage au sujet de ce qui te fut cher. En te lisant, en t’entendant parler, on a besoin de te bien connoître pour ne pas se tromper à tes sentiments ; on a besoin de savoir que c’est seulement d’un ami que tu parles, ou que tu parles ainsi de tous tes amis ; mais quant à cela, c’est un effet naturel de ton caractere, que ton mari connaît trop bien pour s’en alarmer. Le moyen que dans un cœur si tendre la pure amitié n’ait pas encore un peu l’air de l’amour ? Ecoute,