Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/70

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ces tems heureux où il lui étoit permis de t’aimer ; il peignoit à mon cœur les charmes d’une flamme innocente. Sans doute il les embellissait.

Il m’a peu parlé de son état présent par rapport à toi & ce qu’il m’en a dit tient plus du respect & de l’admiration que de l’amour ; en sorte que je le vois retourner, beaucoup plus rassurée sur son cœur que quand il est arrivé. Ce n’est pas qu’aussitôt qu’il est question de toi l’on n’aperçoive au fond de ce cœur trop sensible un certain attendrissement que l’amitié seule, non moins touchante, marque pourtant d’un autre ton ; mais j’ai remarqué depuis long-tems que personne ne peut ni te voir ni penser à toi de sang-froid ; & si l’on joint au sentiment universel que ta vue inspire le sentiment plus doux qu’un souvenir ineffaçable a dû lui laisser, on trouvera qu’il est difficile & peut-être impossible qu’avec la vertu la plus austere il soit autre chose que ce qu’il est. Je l’ai bien questionné, bien observé, bien suivi ; je l’ai examiné autant qu’il m’a été possible : je ne puis bien lire dans son ame, il n’y lit pas mieux lui-même ; mais je puis te répondre au moins qu’il est pénétré de la force de ses devoirs & des tiens & que l’idée de Julie méprisable & corrompue lui feroit plus d’horreur à concevoir que celle de son propre anéantissement. Cousine, je n’ai qu’un conseil à te donner & je te prie d’y faire attention ; évite les détails sur le passé & je te réponds de l’avenir.

Quant à la restitution dont tu me parles, il n’y faut plus songer. après avoir épuisé toutes les raisons imaginables,