Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/78

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Je ne vous décrirai point la maison de Clarens. Vous la connaissez ; vous savez si elle est charmante, si elle m’offre des souvenirs intéressants, si elle doit m’être chére & par ce qu’elle me montre & par ce qu’elle me rappelle. Madame de Wolmar en préfere avec raison le séjour à celui d’Etange, château magnifique & grand, mais vieux, triste, incommode & qui n’offre dans ses environs rien de comparable à ce qu’on voit autour de Clarens.

Depuis que les maîtres de cette maison y ont fixé leur demeure, ils en ont mis à leur usage tout ce qui ne servoit qu’à l’ornement ; ce n’est plus une maison faite pour être vue, mais pour être habitée. Ils ont bouché de longues enfilades pour changer des portes mal situées ; ils ont coupé de trop grandes pieces pour avoir des logemens mieux distribués. À des meubles anciens & riches, ils en ont substitué de simples & de commodes. Tout y est agréable & riant, tout y respire l’abondance & la propreté, rien n’y sent la richesse & le luxe. Il n’y a pas une chambre où l’on ne se reconnaisse à la campagne & où l’on ne retrouve toutes les commodités de la ville. Les mêmes changemens se font remarquer au dehors. La basse-cour a été agrandie aux dépens des remises. À la place d’un vieux billard délabré l’on a fait un beau pressoir, & une laiterie où logeoient des paons criards dont on s’est défait. Le potager étoit trop petit pour la cuisine ; on en a fait du parterre un second, mais si propre & si bien entendu, que ce parterre ainsi travesti plaît à l’œil plus qu’auparavant. Aux tristes ifs qui couvroient les murs ont été substitués de bons espaliers : Au lieu de l’inutile marronnier d’Inde, de jeunes