Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/85

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moitié ; de sorte qu’avec moins d’appareil leur service est beaucoup plus exact. Pour être mieux servis encore, ils ont intéressé les mêmes gens à les servir long-tems. Un domestique en entrant chez eux reçoit le gage ordinaire ; mais ce gage augmente tous les ans d’un vingtieme ; au bout de vingt ans il seroit ainsi plus que doublé & l’entretien des domestiques seroit à peu près alors en raison du moyen des maîtres ; mais il ne faut pas être un grand algébriste pour voir que les frais de cette augmentation sont plus apparens que réels, qu’ils auront peu de doubles gages à payer & que, quand ils les paieroient à tous, l’avantage d’avoir été bien servis durant vingt ans compenseroit & au delà ce surcroît de dépense. Vous sentez bien, milord, que c’est un expédient sûr pour augmenter incessamment le soin des domestiques & se les attacher à mesure qu’on s’attache à eux. Il n’y a pas seulement de la prudence. Il y a même de l’équité dans un pareil établissement. Est-il juste qu’un nouveau venu, sans affection & qui n’est peut-être qu’un mauvais sujet, reçoive en entrant le même salaire qu’on donne à un ancien serviteur, dont le zele & la fidélité sont éprouvés par de longs services & qui d’ailleurs approche en vieillissant du tems où il sera hors d’état de gagner sa vie ? Au reste, cette derniere raison n’est pas ici de mise & vous pouvez bien croire que des maîtres aussi humains ne négligent pas des devoirs que remplissent par ostentation beaucoup de maîtres sans charité & n’abandonnent pas ceux de leurs gens à qui les infirmités ou la vieillesse ôtent les moyens de servir.