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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t4.djvu/355

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assiduité, par sa fidélité, par ses mœurs ; mais il ne peindra jamais que des dessus de porte. Qui est-ce qui n’eût pas été trompé par son zele, & ne l’eût pas pris pour un vrai talent ? Il y a bien de la différence entre se plaire à un travail, & y être propre. Il faut des observations plus fines qu’on ne pense, pour s’assurer du vrai génie & du vrai goût d’un enfant, qui montre bien plus ses desirs que ses dispositions, & qu’on juge toujours par les premiers, faute de savoir étudier les autres. Je voudrois qu’un homme judicieux nous donnât un traité de l’art d’observer les enfans. Cet art seroit très-important à connoître : les peres & les maîtres n’en ont pas encore les élémens.

Mais peut-être donnons-nous ici trop d’importance au choix d’un métier. Puisqu’il ne s’agit que d’un travail des mains, ce choix n’est rien pour Émile ; & son apprentissage est déjà plus d’à moitié fait, par les exercices dont nous l’avons occupé jusqu’à présent. Que voulez-vous qu’il fasse ? Il est prêt à tout : il sait déjà manier la bêche & la houe ; il sait se servir du tour, du marteau, du rabot, de la lime ; les outils de tous les métiers lui sont déjà familiers. Il ne s’agit plus que d’acquérir de quelqu’un de ces outils un usage assez prompt, assez facile pour égaler en diligence les bons ouvriers qui s’en servent, & il a sur ce point un grand avantage par dessus tous, c’est d’avoir le corps agile, les membres flexibles, pour prendre, sans peine, toutes sortes d’attitudes, & prolonger sans effort toutes sortes de mouvemens. De plus, il a les organes justes & bien exercés ; toute la méchanique des arts lui est déjà connue. Pour savoir