Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t5.djvu/193

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maîtresse ; dans une juste confiance, on lui dit : Tu connois les plaisirs, n’importe ; mon cœur t’en promet que tu n’as jamais connus.

Mais un vieux satyre usé de débauche, sans agrément, sans ménagement, sans égard, sans aucune espèce d’honnêteté, incapable, indigne de plaire à toute femme qui se connaît en gens aimables, croit suppléer à tout cela chez une jeune innocente, en gagnant de vitesse sur l’expérience, & lui donnant la première émotion des sens. Son dernier espoir est de plaire à la faveur de la nouveauté ; c’est incontestablement là le motif secret de cette fantaisie ; mais il se trompe, l’horreur qu’il fait n’est pas moins de la nature que n’en sont les désirs qu’il voudroit exciter. il se trompe aussi dans sa folle attente : cette même nature a soin de revendiquer ses droits : toute fille qui se vend s’est déjà donnée ; & s’étant donnée à son choix, elle a fait la comparaison qu’il craint. Il achète donc un plaisir imaginaire, & n’en est pas moins abhorré.

Pour moi, j’aurois beau changer étant riche, il est un point où je ne changer jamais. S’il ne me reste ni mœurs ni vertu, il me restera du moins quelque goût, quelque sens, quelque délicatesse ; & cela me garantira d’user ma fortune en dupe à courir après des chimères, d’épuiser ma bourse & ma vie à me faire trahir et moquer par des enfants. Si j’étois jeune, je chercherois les plaisirs de la jeunesse ; et, les voulant dans toute leur volupté, je ne les chercherois pas en homme riche. Si je restois tel que je suis, ce seroit autre chose ; je me bornerois prudemment aux plaisirs de mon