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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t5.djvu/257

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Si nos dogmes sont tous de la même vérité, tous ne sont pas pour cela de la même importance. Il est fort indifférent à la gloire de Dieu qu’elle nous soit connue en toutes choses, mais il importe à la société humaine & à chacun de ses membres, que tout homme connoisse & remplisse les devoirs que lui impose la loi de Dieu envers son prochain & envers soi-même. Voilà ce que nous devons incessamment nous enseigner les uns aux autres, & voilà sur-tout de quoi les peres & les meres sont tenus d’instruire leurs enfans. Qu’une Vierge soit la mere de son Créateur, qu’elle ait enfanté Dieu, ou seulement un homme auquel Dieu s’est joint, que la substance du Pere & du fils soit la même ou ne soit que semblable, que l’esprit procede de l’un des deux qui sont le même, ou de tous deux conjointement, je ne vois pas que la décision de ces questions en apparence essentielles, importe plus à l’espece humaine, que de savoir quel jour de la lune on doit célébrer la Pâque, s’il faut dire le chapelet, jeûner, faire maigre, parler latin ou françois à l’Église, orner les murs d’images, dire ou entendre la Messe, & n’avoir point de femme en propre. Que chacun pense là-dessus comme il lui plaira, j’ignore en quoi cela peut intéresser les autres ; quant à moi, cela ne m’intéresse point du tout. Mais ce qui m’intéresse, moi & tous mes semblables, c’est que chacun sache qu’il existe un Arbitre du sort des humains duquel nous sommes tous les enfans, qui nous prescrit à tous d’être justes, de nous aimer les uns les autres, d’être bienfaisans & miséricordieux, de tenir nos engagements envers tout le monde, même envers nos ennemis & les siens ; que l’ap-