Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/157

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en toute Nation, celui qui le craint & qui s’adonne à la justice, lui est agréable. *

[* Act X. 35. ] Tel est le véritable esprit de l’Evangile.

Ceux donc qui ont voulu faire du Christianisme une Religion nationale, & l’introduire comme partie constitutive dans le Système de la Législation, ont fait par-là deux fautes, nuisibles, l’une à la Religion, & l’autre à l’Etat. Ils se sont écartés de l’esprit de Jésus-Christ, dont le règne n’est pas de ce monde ; & mêlant aux intérêts terrestres ceux de la Religion, ils ont souillé sa pureté céleste, ils en ont fait l’arme des Tyrans & l’instrument des persécuteurs. Ils n’ont pas moins blessé les saines maximes de la politique, puisqu’au lieu de simplifier la machine du Gouvernement, ils l’ont composée, ils lui ont donné des ressorts étrangers, superflus ; & l’assujettissant à deux mobiles différens, souvent contraires, ils ont causé les tiraillemens qu’on sent dans tous les Etats Chrétiens, où l’on a fait entrer la Religion dans le système politique.

Le parfait Christianisme est l’institution sociale universelle ; mais, pour montrer qu’il n’est point un établissement politique, & qu’il ne concourt point aux bonnes institutions particulières, il faloît ôter le s sophismes de ceux qui mêlent la Religion à tout, comme une prise avec laquelle ils s’emparent de tout. Tous les établissemens humains sont fondés sur les passions humaines, & se conservent par elles : ce qui combat & détruit les passions, n’est donc pas propre à fortifier ces établissemens. Comment ce qui détache les cœurs de la terre, nous donneroit-il plus d’intérêt pour ce qui s’y fait ? comment