Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/170

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foi de la regle commune qu’elle établit, savoir, l’Evangile, & il est tellement de l’essence de la raison d’être libre, que, quand elle voudroit s’asservir à l’autorité, cela ne dépendroit pas d’elle. Portez la moindre atteinte à ce principe, & tout l’évangélisme croule à l’instant. Qu’on me prouve aujourd’hui qu’en matiere de foi je suis obligé de me soumettre aux décisions de quelqu’un, des demain je me fois Catholique, & tout homme conséquent & vrai fera comme moi.

Or la libre interprétation de l’Ecriture emporte non-seulement le droit d’en expliquer les passages, chacun selon son sens particulier, mais celui de rester dans le doute sur ceux qu’on trouve douteux, & celui de ne pas comprendre ceux qu’on trouve incompréhensibles. Voilà le droit de chaque fidele, droit sur lequel ni les Pasteurs ni les Magistrats n’ont rien à voir. Pourvu qu’on respecte toute la Bible & qu’on s’accorde sur les points capitaux, on vit selon la Réformation évangélique. Le serment des Bourgeois de Geneve n’emporte rien de plus que cela.

Or je vois déjà vos Docteurs triompher sur ces points capitaux, & prétendre que je m’en écarte. Doucement, Messieurs, de grace ; ce n’est pas encore de moi qu’il s’agit, c’est de vous. Sachons d’abord quels sont, selon vous, ces points capitaux ; sachons quel droit vous avez de me contraindre à les voir où je ne les vois pas, & où peut-être vous ne les voyez pas vous-mêmes. N’oubliez point, s’il vous plaît, que me donner vos décisions pour Loix, c’est vous écarter de la sainte réformation évangélique, c’est en ébranler les vrais fondemens ; c’est vous qui par la Loi, méritez punition.