Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/169

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Ils le devoient faire : ils se réunissoient en ceci, que tous reconnoissoient chacun d’eux comme juge compétent pour lui-même. Ils toléroient, & ils devoient tolérer toutes les interprétations, hors une, savoir celle qui ôte la liberté des interprétations. Or cette unique interprétation qu’ils rejetoient, étoit celle des Catholiques. Ils devoient donc proscrire de concert Rome seule, qui les proscrivoit également tous. La diversité même de leur façon de penser sur tout le reste, étoit le lien commun qui les unissoit. C’étoient autant de petits Etats ligués contre une grande Puissance, & dont la confédération générale n’ôtoit rien à l’indépendance de chacun.

Voilà, comment la Réformation évangélique s’est établie, & Voilà comment elle doit se conserver. Il est bien vrai que la Doctrine du plus grand nombre peut être proposée à tous, comme la plus probable ou la plus autorisée. Le Souverain peut même la rédiger en formule, & la prescrire à ceux qu’il charge d’enseigner, parce qu’il faut quelque ordre, quelque regle dans les instructions publiques ; & qu’au fond l’on ne gêne en ceci la liberté de personne, puisque nul n’est forcé d’enseigner malgré lui : mais il ne s’ensuit pas de-là que les Particuliers soient obligés d’admettre précisément ces interprétations qu’on leur donne & cette Doctrine qu’on leur enseigne. Chacun en demeure seul juge pour lui-même, & ne reconnoît en cela d’autre autorité que la sienne propre. Les bonnes instructions doivent moins fixer le choix que nous devons faire, que nous mettre en état de bien choisir. Tel est le véritable esprit de la Réformation ; tel en est le vrai fondement. La raison particuliere y prononce, en tirant la