Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/20

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Le Citoyen de Geneve ne doit rien à des Magistrats injustes & incompétens, qui, sur un requisitoire calomnieux, ne le citent pas, mais le décretent. N’étant point sommé de comparoître, il n’y est point obligé. L’on n’emploie contre lui que la force, & il s’y soustrait. Il secoue la poudre de ses souliers, & sort de cette terre hospitaliere où l’on s’empresse d’opprimer le foible, & où l’on donne des fers à l’étranger avant de l’entendre, avant de savoir si l’acte dont on l’accuse est punissable, avant de savoir s’il l’a commis.

Il abandonne en soupirant sa chere solitude. Il n’a qu’un seul bien, mais précieux, des amis, il les fuit. Dans sa foiblesse il supporte un long voyage ; il arrive & croit respirer dans une terre de liberté ; il s’approche de sa Patrie, de cette Patrie dont il s’est tant vanté, qu’il a chérie & honorée : l’espoir d’y être accueilli le console de ses disgraces...... Que vais-je dire ? mon cœur se serre, ma main tremble, la plume en tombe ; il faut se taire, & ne pas imiter le crime de Cam. Que ne puis-je dévorer en secret la plus amere de mes douleurs !

Et pourquoi tout cela ? Je ne dis pas, sur quelle raison ? mais, sur quel prétexte ? On ose m’accuser d’impiété ! sans songer que le Livre où l’on la cherche est entre les mains de tout le monde. Que ne donneroit-on point pour pouvoir supprimer cette piece justificative, & dire qu’elle contient tout ce qu’on a feint d’y trouver ! Mais elle restera, quoiqu’on fasse ; & en y cherchant les crimes reprochés à l’Auteur, la postérité y verra dans ses erreurs mêmes que les torts d’un ami de la vertu.

J’éviterai de parler de mes contemporains ; je ne veux nuire