Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/23

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jouirois avec plaisir de sa surprise, si je pouvois n’en être pas l’instrument !

Jusqu’ici ma plume, hardie à dire la vérité, mais pure de toute satyre, n’a jamais compromis personne, elle a toujours respecté l’honneur des autres, même en défendant le mien. Irois-je en la quittant la souiller de médisance ; & la teindre des noirceurs de mes ennemis ? Non, laissons-leur l’avantage de porter leurs coups dans les ténebres. Pour moi, je ne veux me défendre qu’ouvertement, & même je ne veux que me défendre. Il suffit pour cela de ce qui est su du public, ou de ce qui peut l’être sans que personne en soit offensé.

Une chose étonnante de cette espece, & que je puis dire, est de voir l’intrépide Christophe de Beaumont, qui ne sait plier sous aucune puissance ni faire aucune paix avec les Jansénistes, devenir sans le savoir leur satellite & l’instrument de leur animosité ; de voir leur ennemi le plus irréconciliable sévir contre moi pour avoir refusé d’embrasser leur parti, pour n’avoir point voulu prendre la plume contre les Jésuites, que je n’aime pas, mais dont je n’ai point à me plaindre, & que je vois opprimés. Daignez, Monseigneur, jetter les yeux sur le sixieme Tome de la nouvelle Héloïse, premiere édition ; vous trouverez dans la note de la page 138 [1] la véritable source de tous mes malheurs. J’ai prédit dans cette note (car je me mêle aussi quelquefois de prédire) qu’aussi-tôt que les Jansénistes seroient les maîtres, ils seroient plus intolérans & plus durs que leurs ennemis. Je ne savois pas alors que ma

  1. (*) De la premiere Edition, répondant à la page 422 du Tome II, de cette Edition in-4°. & p. 218 du Tome IV. in-8° & in-12.