Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/242

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parce qu’il ne lui appartient pas de connoître d’un délit commis chez un autre Souverain, & qu’il ne peut pas même ordonner les information nécessaires pour le constater. Voilà la regle, & voilà la réponse à la question ; que sera le Gouvernement de Geneve ? Ce sont ici les plus simples notions du Droit public, qu’il seroit honteux au dernier Magistrat d’ignorer. Faudra-t-il toujours que j’enseigne à mes dépens les élémens de la Jurisprudence à mes Juges ?

Il devoit, suivant les Auteurs des Représentations, se borner à défendre provisionnellement le débit dans la Ville.*

[*Page 12. ] C’est en effet tout ce qu’il pouvoit légitimement faire pour contenter son animosité ; c’est ce qu’il avoit déjà fait pour la nouvelle Héloise ; mais voyant que le Parlement de Paris ne disoit rien, & qu’on ne faisoit nulle part une semblable défense, il en eut honte, & la retira tout doucement. *

[*Il faut convenir que si l’Emile doit être défendu, l’Héloise doit être tout au moins brûlée. Les Notes sur-tout en sont d’une hardiesse dont la profession de foi du Vicaire n’approche assurément pas. ] Mais une improbation si foible n’auroit-elle pas été taxée de secrete connivence ? Mais il y a long-tems que, pour d’autres Ecrits, beaucoup moins tolérables, on taxe le Conseil de Geneve d’une connivence assez peu secrete, sans qu’il se mette fort en peine de ce jugement. Personne, dit-on, n’auroit pu se scandaliser de la modération dont on auroit usé. Le cri public vous apprend combien on est scandalisé du contraire. De bonne foi, s’il s’etoit agi d’un homme aussi désagréable au Public que Monsieur Rousseau lui étoit cher,