Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/352

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comme auparavant, mais sur l’administration ; & vos Magistrats, tout-puissans au nom des Loix, seuls maîtres d’en proposer au Législateur de nouvelles, sont soumis à ses jugemens s’ils s’écartent de celles qui sont établies. Par cet Article seul votre Gouvernement, sujet d’ailleurs à plusieurs défauts considérables, devient le meilleur qui jamais ait existé : car quel meilleur Gouvernement que celui dont toutes les parties se balancent dans un parfait équilibre, où les particuliers ne peuvent transgresser les Loix, parce qu’ils sont soumis à des Juges, & où ces Juges ne peuvent pas non plus les transgresser, parce qu’ils sont surveillés par le Peuple ?

Il est vrai que pour trouver quelque réalité dans cet avantage, il ne faut pas le fonder sur un vain droit : mais qui dit un droit, ne dit pas une chose vaine. Dire à celui qui a transgressé la Loi, qu’il a transgressé la Loi, c’est prendre une peine bien ridicule ; c’est lui apprendre une chose qu’il sait aussi-bien que vous.

Le droit est, selon Pufendorf, une qualité morale par laquelle il nous est dû quelque chose. La simple liberté de se plaindre n’est donc pas un droit, ou du moins c’est un droit que la nature accorde à tous, & que la Loi d’aucun pays n’ôte à personne. S’avisa-t-on jamais de stipuler dans les Loix que celui qui perdroit un procès auroit la liberté de se plaindre ? S’avisa-t-on jamais de punir quelqu’un pour l’avoir fait ? Où est le Gouvernement, quelque absolu qu’il puisse être, où tout Citoyen n’ait pas le droit de donner des mémoires au Prince ou à son ministre sur ce qu’il croit utile à l’Etat ? & quelle risée n’exciteroit pas un Edit public par lequel on accorderoit