Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/359

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Toute la difficulté consiste donc ici dans la seule question de fait. La Loi a-t-elle été transgressée, ou ne l’a-t-elle pas été ? Les Citoyens & Bourgeois disent qu’elle l’a été ; les Magistrats le nient. Or voyez, je vous prie, si l’on peut rien concevoir de moins raisonnable en pareil cas que ce droit négatif qu’ils s’attribuent ? On leur dit, Vous avez transgressé la Loi : ils répondent, Nous ne l’avons pas transgressée ; &, devenus ainsi juges suprêmes dans leur propre cause, les voilà justifiés contre l’évidence par leur seule affirmation.

Vous me demanderez si je prétends que l’affirmation contraire soit toujours l’évidence ? Je ne dis pas cela ; je dis que quand elle le seroit, vos Magistrats ne s’en tiendroient pas moins contre l’évidence à leur prétendu droit négatif. Le cas est actuellement sous vos yeux ; & pour qui doit être ici le préjugé le plus légitime ? Est-il croyable, est-il naturel que des particuliers, sans pouvoir, sans autorité, viennent dire à leurs Magistrats qui peuvent être demain leurs Juges ; vous avez fait une injustice, lorsque cela n’est pas vrai ? Que peuvent espérer ces particuliers d’une démarche aussi folle, quand même ils seroient sûrs de l’impunité ? Peuvent-ils penser que des Magistrats si hautains jusques dans leurs torts, iront convenir sottement des torts mêmes qu’ils n’auroient pas ? Au contraire, y a-t-il rien de plus naturel que de nier les fautes qu’on a faites ? N’a-t-on pas intérêt de les soutenir, & n’est-on pas toujours tenté de le faire lorsqu’on le peut impunément & qu’on a la force en main ? Quand le foible & le fort ont ensemble quelque dispute, ce qui n’arrive guères