Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/416

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à la Bourgeoisie de Geneve, à sa partie au moins qui fait face à la puissance pour le maintien des Loix ? Dans tous les tems cette partie a toujours été l’ordre moyen entre les riches & les pauvres, entre les chefs de l’Etat & la populace. Cet ordre, composé d’hommes à-peu-près égaux en fortune, en état, en lumières, n’est ni assez élevé pour avoir des prétentions, ni assez bas pour n’avoir rien à perdre. Leur grand intérêt, leur intérêt commun est que les Loix soient observées, les Magistrats respectés, que la constitution se soutienne, & que l’Etat soit tranquille. Personne dans cet ordre ne jouit à nul égard d’une telle supériorité sur les autres, qu’il puisse les mettre en jeu pour son intérêt particulier. C’est la plus saine partie de la République, la seule qu’on soit assuré ne pouvoir, dans sa conduite, se proposer d’autre objet que le bien de tous. Aussi voit-on toujours dans leurs démarches communes une décence, une modestie, une fermeté respectueuse, une certaine gravité d’hommes qui se sentent dans leur droit & qui se tiennent dans leur devoir. Voyez, au contraire, de quoi l’autre partie s’étaye : de gens qui nagent dans l’opulence, & du Peuple le plus abject. Est-ce dans ces deux extrêmes, l’un fait pour acheter, l’autre pour se vendre, qu’on doit chercher l’amour de la justice & des Loix ? C’est par eux toujours que l’Etat dégénère : Le riche tient la Loi dans sa bourse, & le pauvre aime mieux du pain que la liberté. Il suffit de comparer ces deux partis, pour juger lequel doit porter aux Loix la première atteinte, & cherchez en effet dans votre histoire si tous les complots ne sont pas toujours venus du côté de la Magistrature, & si jamais les