Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/417

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Citoyens ont eu recours à la force que lorsqu’il l’a fallu pour s’en garantir.

On raille, sans doute, quand, sur les conséquences du droit que réclament vos Concitoyens, on vous représente l’Etat en proie à la brigue, à la séduction, au premier venu. Ce droit négatif que veut avoir le Conseil fut inconnu jusqu’ici ; quels maux en est-il arrivé ? Il en fût arrivé d’affreux, s’il eût voulu s’y tenir quand la Bourgeoisie a fait valoir le sien. Rétorquez l’argument qu’on tire de deux cents ans de prospérité ; que peut-on répondre ? Ce Gouvernement, direz-vous, établi par le tems, soutenu par tant de titres, autorisé par un si long usage, consacré par ses succès, & où le droit négatif des Conseils fut toujours ignoré, ne vaut-il pas bien cet autre Gouvernement arbitraire, dont nous ne connoissons encore ni les propriétés, ni ses rapports avec notre bonheur, & où la raison ne peut nous montrer que le comble de notre misère ?

Supposer tous les abus dans le parti qu’on attaque, & n’en supposer aucun dans le sien, est un sophisme bien grossier & bien ordinaire, dont tout homme sensé doit se garantir. Il faut supposer des abus de part & d’autre, parce qu’il s’en glisse par-tout ; mais ce n’est pas à dire qu’il y ait égalité dans leurs conséquences. Tout abus est un mal, souvent inévitable, pour lequel on ne doit pas proscrire ce qui est bon en soi. Mais comparez, & vous trouverez d’un côté des maux sûrs, des maux terribles, sans borne & sans fin ; de l’autre, l’abus même difficile, qui, s’il est grand, sera passager, & tel, que quand il a lieu, il porte toujours avec lui