Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/47

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avant l’âge de raison ne sera privé du bonheur éternel. Les Catholiques croient la même chose de tous les enfans qui ont reçu le baptême, quoiqu’ils n’aient jamais entendu parler de Dieu. Il y a donc des cas où l’on peut être sauve sans croire en Dieu, & ces cas ont lieu, soit dans l’enfance, soit dans la démence, quand l’esprit humain est incapable des opérations nécessaires pour reconnoître la Divinité. Toute la différence que je vois ici entre vous & moi, est que vous prétendez que les enfans ont à sept ans cette capacité, & que je ne la leur accorde pas même à quinze. Que j’aie tort ou raison, il ne s’agit pas ici d’un article de foi, mais d’une simple observation d’histoire naturelle." ’’Par le même principe, il est clair que tel homme, parvenu jufqu’à la vieillesse sans croire en Dieu, ne fera pas pour cela privé de sa présence dans l’autre vie, si son aveuglement n’a pas été volontaire ; & je dis qu’il ne l’est pas toujours. Vous en convenez pour les insensés qu’une maladie prive de leurs facultés spirituelles, mais non de leur qualité d’hommes, ni, par conséquent, du droit aux bienfaits de leur créateur. Pourquoi donc n’en pas convenir aussi pour ceux qui, séquestrés de toute société dès leur enfance, auroient mené une vie absolument sauvage, privés des lumieres qu’on n’acquiert que dans le commerce des hommes ? Car il est d’une impossibilité démontrée qu’un pareil sauvage pût jamais élever ses réflexions jusqu’à la connoissance du vrai Dieu. La raison nous dit qu’un homme n’est punissable que pour les fautes de sa volonté,