Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/471

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scélérat, *

[*La preuve de cela, c’est qu’il intéresse. Quant à la faute dont il est puni, elle est ancienne, elle est trop expiée, & puis c’est peu de chose pour un méchant de Théâtre qu’on ne tient point pour tel, s’il ne fait frémir d’horreur.] c’est un homme foible & pourtant intéressant, par cela qu’il est seul qu’il est homme & malheureux. Il me semble aussi que par cela seul, le sentiment qu’il excite est extrêmement tendre & touchant : car cet homme tient de bien près à chacun de nous, au lieu que l’héroÏsme nous accable encore plus qu’il ne nous touche ; parce qu’après tout, nous n’y avons que faire. Ne seroit-il pas à désirer que nos sublimes Auteurs daignassent descendre un peu de leur continuelle élévation & nous attendrir quelquefois pour la simple humanité souffrante, de peur que, n’ayant de la pitié que pour des héros malheureux, nous n’en ayons jamais pour personne. Les anciens avoient des héros & mettoient des hommes sur leurs Théâtres ; nous, au contraire, nous n’y mettons que des héros, & à peine avons-nous des hommes. Les anciens parloient de l’humanité en phrases moins apprêtées ; mais ils savoient mieux l’exercer. On pourroit appliquer à eux & à nous un trait rapporte par Plutarque & que je ne puis m’empêcher de transcrire. Un Vieillard d’Athenes cherchoit place au Spectacle & n’en trouvoit point ; de jeunes-gens, le voyant en peine, lui firent signe de loin ; il vint, mais ils se serrerent & se moquerent de lui. Le bon-homme fit ainsi le tour du Théâtre, embarrasse de sa personne & toujours hue de la belle jeunesse. Les Ambassadeurs de Sparte s’en apperçurent, & se levant à l’instant placerent honorablement le Vieillard