Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/473

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ton imposant & sentencieux, pour l’instruction du Parterre.

Si les Grecs supportoient de pareils Spectacles, c’etoit comme leur représentant des antiquités nationales qui couroient de tous tems parmi le peuple, qu’ils avoient leurs raisons pour se rappeller sans cesse, & dont l’odieux même entroit dans leurs vues. Dénuée des mêmes motifs & du même intérêt, comment la même Tragédie peut-elle trouver parmi vous des Spectateurs capables de soutenir les tableaux qu’elle leur présente, & les personnages qu’elle y fait agir L’un tue son pere, épouse sa mere, & se trouve le frere de ses enfans. Un autre force un fils d’égorger son pere. Un troisieme fait boire au pere le sang de son fils. On frissonne a la seule idée des horreurs dont on pare la une Scene Françoise, pour l’amusement du Peuple le plus doux & le plus humain qui soit sur la terre Non… je le soutiens, & j’en atteste l’effroi des Lecteurs, les massacres des Gladiateurs n’étoient pas si barbares que ces affreux Spectacles. On voyoit couler du sang, il est vrai ; mais on ne souilloit pas son imagination de crimes qui font frémir la Nature.

Heureusement la Tragédie telle qu’elle existe est si loin de nous, elle nous présente des êtres si gigantesques, si boursoufflés, si chimériques, que l’exemple de leurs vices n’est gueres plus contagieux que celui de leurs vertus n’est utile, & qu’a proportion qu’elle veut moins nous instruire, elle nous fait aussi moins de mal. Mais il n’en est pas ainsi de la Comédie, dont les mœurs ont avec les nôtres un rapport plus immédiat, & dont les personnages ressemblent