Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/515

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s’occuper ; à tourner la sagesse en ridicule ; à substituer un jargon de Théâtre ; la pratique des vertus ; à mettre toute la morale en métaphysique ; à travestir les citoyens en beaux esprits, les meres de famille en Petites- Maîtresses, & les filles en amoureuses de Comédie. L’effet général sera le même sur tous les hommes ; mais les hommes ainsi changes conviendront plus ou moins à leur pays. En devenant égaux, les mauvais gagneront, les bons perdront encore davantage ; tous contracteront un caractere de mollesse, un esprit d’inaction qui ôtera aux uns de grandes vertus, & préservera les autres de méditer de grands crimes.

De ces nouvelles réflexions il résulte une conséquence directement contraire à celle que je tirois des premieres ; savoir que, quand le Peuple est corrompu, les Spectacles lui sont bons, & mauvais quand il est bon lui-même. Il sembleroit donc que ces deux effets contraires devroient s’entre-détruire & les Spectacles rester indifferens à tous ; mais il y a cette différence que, l’effet qui renforce le bien & le mal, étant tire de l’esprit des Pieces, est sujet comme elles a mille modifications qui le réduisent presque à rien ; au lieu que celui qui change le bien en mal & le mal en bien, résultant de l’existence même du Spectacle, est un effet constant, réel, qui revient tous les jours & doit l’emporter à la fin.

Il suit de-la que, pour juger s’il est à propos ou non d’établir un Théâtre en quelque Ville, il faut premiérement savoir si les mœurs y sont bonnes ou mauvaises ; question sur laquelle il ne m’appartient peut-être pas de prononcer par rapport à nous. Quoi qu’il en soit, tout ce

que je puis accorder la-dessus,