Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/529

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même dans leur supposition, cet expédient est praticable avec quelque espoir de succès, & s’il doit suffire pour les tranquilliser.

En commençant par observer les faits avant de raisonner sur les causes, je vois en général que l’état de Comédien est un état de licence & de mauvaises mœurs ; que les hommes y sont livres au désordre ; que les femmes y menent une vie scandaleuse ; que les uns & les autres, avares & prodigues tout à la fois, toujours accables de dettes & toujours versant l’argent a pleines mains, sont aussi peu retenus sur leurs dissipations, que peu scrupuleux sur les moyens d’y pourvoir. Je vois encore que, par tout pays, leur profession est déshonorante, que ceux qui l’exercent, excommunies ou non, par-tout méprises, *

[* Si les Anglois ont inhume la Oldfield à cote de leurs Rois, ce étoit pas son métier, mais son talent qu’ils vouloient honorer. Chez eux les grands talens anoblissent dans états ; les petits. avilissent dans les plus illustres. Et quant à la profession des Comédiens, les mauvais & les médiocres sont méprises à Londres, autant ou plus que partout ailleurs.] & qu’a Paris même, où ils ont plus de considération & une meilleure conduite que par-tout, ailleurs, un Bourgeois craindroit de fréquenter ces mêmes Comédiens qu’on voit tous les jours à la table des Grands. Une troisieme observation, non moins importante, est que ce dédain est plus fort par-tout où les mœurs sont plus pures, & qu’il y a des pays d’innocence & de simplicité où le métier de Comédien est presque en horreur. Voilà des faits incontestables. Vous me direz qu’il n’en résulte que des préjuges. J’en conviens : mais ces préjuges étant universels,