Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/543

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N’est-ce pas elle qui les rend craintives afin qu’elles fuient, & foibles afin qu’elles cèdent ? à quoi bon leur donner un cœur plus sensible à la pitié, moins de vitesse à la course, un corps moins robuste, une stature moins haute, des muscles plus délicats, si elle ne les eut destinées à se laisser vaincre ? Assujetties au incommodités de la grossesse, & aux douleurs de l’enfantement, ce surcroît de travail exigeoit-il une diminution de forces ? Mais pour le réduire à cet etat pénible, il les faloit assez fortes pour ne succomber qu’à leur volonté, & assez foibles pour avoir toujours un prétexte de se rendre. Voilà précisément le point où les à place la Nature.

Passions du raisonnement à l’expérience. Si la pudeur étoit un préjugé de la Société & de l’éducation, ce sentiment devroit augmenter dans les lieux où l’éducation est plus poignée, & où l’on rafine incessamment sur les Loix sociales ; il devroit être plus foible par-tout où l’on est reste plus près de l’etat primitif. C’est tout le contraire. *

[*Je m’attends à l’objection. Les femmes sauvages n’ont de pudeur : car elles vont nues ? Je réponds que les nôtres en ont encore moins : car elles s’habillent. Vouez la fin de cet essai, au sujet des filles de Lacédémone.] Dans nos montagnes les femmes sont timides & modestes, un mot les fait rougir, elles n’osent lever les yeux sur les hommes, & gardent le silence devant eux. Dans les grandes Villes la pudeur est ignoble & basse ; c’est la seule chose dont une femme bien élevée auroit honte ; & l’honneur d’avoir fait rougir un honnête-homme n’appartient qu’aux femmes du meilleur air.