Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/563

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place publique, ou le promenant à la campagne, dans des jardins, au bord de la mer, à la pluie, au soleil, & presque toujours tête nuée.*

[* Après la bataille gagnée par Cambise sur Psammenite, on distinguoit parmi les mots les Egyptiens qui avoient toujours la tête nue, à l’extrême durent de leurs cranes : au lieu que les Perses, toujours coeffés de leurs grosses tiares, avoient les cranes si tendres qu’on les brisoit sans effort. Hérodote lui-même fut, long-tems après, témoin de cette différence.] à tout cela, point de femmes ; mais on savoit bien les trouver au besoin, & nous ne voyons point par leurs ecrits & par les échantillons de leurs conversations qui nous restent, que l’esprit, ni le goût, ni l’amour même, perdissent rien à cette réserve. Pour nous, nous avons pris des manieres toutes contraires : lâchement dévoues aux volontés du sexe que nous devrions protéger & non servir, nous avons appris à le mépriser en lui obéissant, à l’outrager pat nos soins railleurs ; & chaque femme de Paris rassemble dans son appartement un serrail d’hommes plus femmes qu’elle, qui savent rendre à la beauté toutes toutes d’hommages, hors celui du cœur dont elle est digne. Mais voyez ces mêmes hommes toujours contraints dans ces prisons volontaires, se lever, se rasseoir, aller & venir sans cesse à la cheminée, à la fenêtre, prendre & poser cent fois un écran, feuilleter des livres, parcourir des tableaux, tourner, pirouetter par la chambre, tandis que l’idole étendue sans mouvement dans sa chaise longue, n’a d’actif que la langue & les yeux. D’ou vient cette différence, si ce n’est que la Nature qui impose aux femmes cette vie sédentaire & casanière, en prescrit aux hommes une toute opposée, & que