Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/564

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cette inquiétude indique en eux un vrai besoin ? Si les Orientaux, que la chaleur du climat fait assez transpirer, sont peu d’exercice & ne se promènent point, au moins ils vont s’asseoir en plein air & respirer à leur aise ; au lieu qu’ici les femmes ont grand soin d’étouffer leurs amis amis dans de bonnes chambres bien fermées.

Si l’on compare la. force des hommes anciens à celle des hommes d’aujourd’hui, on n’y trouve aucune espece d’égalité. Nos exercices.de l’Académie sont des jeux d’enfans auprès de ceux de l’ancienne Gymnastique : on a quitte la paume, comme trop fatigante ; on ne peut plus voyager à cheval. Je ne dis rien de nos troupes. On ne conçoit plus les marches des Armées Grecques & Romaines : le chemin, le travail, le fardeau du Soldat Romain fatigue seulement le lire, & accable l’imagination. Le cheval n’etoit pas permis aux Officiers d’infanterie. Souvent les Généraux faisoient à pied les mêmes journées que leurs Troupes. Jamais les deux Catons n’ont autrement voyage, ni seuls, ni avec leurs armées. Othon lui-même, l’efféminé Othon, marchoit arme de fer à la tête de la sienne, allant au devant de Vitellius. Qu’on trouve à présent un seul homme de guerre capable d’en faire autant. Nous sommes déchus en tout. Nos Peintres & nos Sculpteurs se plaignent de ne plus trouver modeles comparables à ceux de l’antique. Pourquoi cela ? L’homme a-t-il dégénéré. ? L’espece a-t--elle une décrépitude physique, ainsi que l’individu ? Au contraire ; les Barbares du nord qui ont, pour ainsi dire, peuple l’Europe d’une nouvelle race, etoient plus grands & plus sorts que les Romains