Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/567

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sexes, devenue trop commune & trop facile, à produit ces deux effets ; & c’est ainsi que l’esprit général de la galanterie étouffe à la fois le génie & l’amour.

Pour moi, j’ai peine à concevoir comment on rend assez peu d’honneur aux femmes, pour leur oser adresser sans cesse ces fades propos galans, ces complimens insultans & moqueurs, auxquels on ne daigne pas même donner un air de bonne-foi ; les outrager par ces evidens mensonges, n’est-ce pas leur déclarer assez nettement qu’on ne trouve aucune vérité obligeante à leur dire ? Que l’amour se fasse illusion sur les qualités de ce qu’on aime, cela n’arrive que trop souvent ; mais est-il question d’amour dans tout ce maussade jargon ? Ceux-mêmes qui s’en servent, ne s’en servent-ils pas également pour toutes les femmes, & ne seroient-ils pas au désespoir qu’on les crut sérieusement amoureux d’une seule ? Qu’ils ne s’en inquiètent pas. Il faudroit avoir d’étranges idées de l’amour pour les en croire capables, & rien n’est plus éloigne de son ton que celui de la galanterie. De la maniere que je conçois cette passion terrible, son trouble, ses egaremens, ses palpitations, ses transports, ses brûlantes expressions, son silence plus énergique, ses inexprimables regards que leur timidité rend téméraires & qui montrent les desirs par la crainte, il me semble qu’après un langage aussi véhément, si l’amant venoit à dire une seule fois, je vous aime, l’amante indignée lui diroit, vous aime n’aimez plus, & ne le reverroit de sa vie.

Nos cercles conservent encore parmi nous quelque image des mœurs antiques. Les hommes entr’eux, dispenses de