Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/568

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rabaisser leurs idées à la portée des femmes & d’habiller galamment la raison, peuvent se livrer à des discours graves & sérieux sans crainte du ridicule. On ose parler de patrie de vertu sans passer pour rabâcheur, on ose être soi-même sans s’asservir aux maximes d’une caillette. Si le tour de la conversation devient moins poli, les raisons prennent plus de poids ; on ne se paye point de plaisanterie, ni de gentillesse. On ne se tire point d’affaire par de bons mots. On ne se ménage point dans la dispute : chacun, se sentant attaque de toutes les forces de son adversaire, est oblige d’employer toutes les tiennes pour se défendre ; voilà comment l’esprit acquiert de la justesse & de la vigueur. S’il se mêle à tout cela quelque propos licencieux, il ne faut point trop s’en effaroucher : les moins grossiers ne sont pas toujours les plus honnêtes, & ce langage un peu rustaut est préférable encore à ce style plus recherche dans lequel les deux sexes se séduisent mutuellement & se familiarisent décemment avec le vice. La maniere de vivre, plus conforme aux inclinations de l’homme, est : aussi mieux assortie à son tempérament. Un ne reste point toute la journée établi sur une chaise. On se livre à des jeux d’exercice, on va, on vient, plusieurs cercles se tiennent à la campagne, d’autres s’y rendent. On a des jardins pour la promenade, des cours spacieuses pour s’exercer, un grand lac pour nager, tout le pays ouvert pour la chasse ; dc il ne faut pas croire que cette chasse se fasse aussi commodément qu’aux environs de Paris où l’on trouve le gibier sous ses pieds & où l’on tire à cheval. Enfin ces honnêtes & innocentes institutions rassemblent