Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/592

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au public & à vous sur la question qu’il vous à plu d’agiter dans un article où elle etoit, à mon avis, tout-à-fait étranger. Quand mes raisons, moins sortes qu’elles ne me paroissent, n’auroient pas un poids suffisant pour contre-balancer les vôtres, vous conviendrez au moins que, dans un aussi petit Etat que la République de Geneve, toutes innovations sont dangereuses, & qu’il n’en faut jamais faire sans des motifs urgens & graves. Qu’on nous montre donc la pressante nécessité de celle-ci. Où sont les désordres qui nous forcent de recourir à un expédient si suspect ? Tout est-il perdu sans cela ? Notre ville est-elle si grande, le vice & l’oisiveté y ont ils déjà fait un tel progrès qu’elle ne puisse plus désormais subsister sans Spectacles ? Vous nous dites qu’elle en souffre de plus mauvais qui choquent également le goût & les mœurs ; mais il y a bien de la différence entre montrer de mauvaises mœurs & attaquer les bonnes : car ce dernier effet dépend moins des qualités du Spectacle que de l’impression qu’il cause. En ce sens, quel rapport entre quelques farces passagères & une Comédie à demeure, entre les polissonneries d’un Charlatan & les représentations régulières des Ouvrages Dramatiques, entre des tréteaux de Foire élevés pour réjouir la populace & un Théâtre estime où les honnêtes-gens penseront s’instruire ? L’un de ces amusemens est sans conséquence & reste oublie des le lendemain ; mais l’autre est une affaire importante qui mérite toute l’attention du gouvernement. Par tout pays il est permis d’amuser les enfans, & peut être enfant. lui veut sans beaucoup d’inconvéniens. Si ces fades Spectacles manquent de goût, tant mieux : on s’en rebutera plus vite ; s’ils