Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/78

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Celui qui aime la paix ne doit point recourir à des Livres ; c’est le moyen de ne rien finir. Les Livres sont des sources de disputes intarissables : parcourez l’histoire des Peuples ; ceux qui n’ont point de Livres ne disputent point. Voulez-vous asservir les hommes à des autorités humaines ? L’un sera plus près, l’autre plus loin de la preuve ; ils en seront diversement affectés : avec la bonne foi la plus entiere, avec le meilleur jugement du monde, il est impossible qu’ils soient jamais d’accord. N’argumentez point sur des arguments, & ne vous fondez point sur des discours. Le langage humain n’est pas assez clair. Dieu lui-même, s’il daignoit nous parler dans nos langues, ne nous diroit rien sur quoi l’on ne pût disputer. Nos langues sont l’ouvrage des hommes, & les hommes sont bornés.

Nos langues sont l’ouvrage des hommes, & les hommes sont menteurs. Nous langues sont l’ouvrage des hommes, & les hommes sont menteurs. Comme il n’y a point de vérité si clairement énoncée où l’on ne puisse trouver quelque chicane à faire, il n’y a point de si grossier mensonge qu’on ne puisse étayer de quelque fausse raison.

Supposons qu’un particulier vienne à minuit nous crier qu’il est jour ; on se moquera de lui : mais laissez à ce particulier le tems & le moyen de se faire une secte ; tôt ou tard ses partisans viendront à bout de vous prouver qu’il disoit vrai. Car enfin, diront-ils, quand il a prononcé qu’il étoit jour, il étoit jour en quelque lieu de la terre ; rien n’est plus certain. D’autres, ayant établi qu’il y a toujours dans l’air quelques particules de lumiere, soutiendront qu’en un autre sens encore, il est très-vrai qu’il est jour la nuit. Pourvu que des