Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/111

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il fut un tems ou il faloit être Platonicien pour être Orthodoxe ; & peu s’en salut que Platon d’abord, & ensuite Aristote ne fut place ; sur l’Autel à cote de Jésus-Christ.

L’Eglise s’éleva plus d’une fois contre ces abus. Ses plus illustres défenseurs les déplorerent souvent en termes pleins de force & d’énergie : souvent ils tentèrent d’en bannir toute cette Science mondaine, qui en souilloit la pureté. Un des plus illustres Papes en vint même jusqu’a cet excès de zele de soutenir que c’etoit une chose honteuse d’asservir la parole de Dieu aux regles de la Grammaire.

Mais ils eurent beau crier ; entraînes par le torrent, ils furent contraints de se conformer eux-mêmes à l’usage qu’ils condamnoient ; & ce fut d’une maniere très-savante, que la plupart d’entr’eux déclamerent contre le progrès des Sciences.

Après de longues agitations, les choses prirent enfin une assiette plus fixe. Vers le dixieme siecle, le flambeau des Sciences cessa d’éclairer la terre ; le Clergé demeura plonge dans une ignorance, que je ne veux pas justifier, puisqu’elle ne tomboit pas moins sur les choses qu’il doit savoir que sur celles qui lui sont inutiles, mais à laquelle l’Eglise gagna du moins un peu plus de repos qu’elle n’en avoit épreuve jusque-là.

Après la renaissance des Lettres, les divisions ne tardèrent pas à recommencer plus terribles que jamais. De savans Hommes émurent la quelle, de savans Hommes la soutinrent, & les plus capables se montrèrent toujours les plus obstines. C’est en vain qu’on établit des conférences entre les Docteurs des différens partis : aucun n’y portoit l’amour de la réconciliation, ni peut-être celui de la vérité ; tous n’y portoient