Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/211

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LA REINE FANTASQUE, CONTE.


Il y avoit autrefois un Roi qui aimoit son peuple...... Cela commence comme un conte de Fée, interrompit le Druide ? C’en est un aussi, répondit Jalamir. Il y avoit donc un Roi qui aimoit son peuple, & qui, par conséquent, enétoit adoré. Il avoit foit tous ses efforts pour trouver des Ministres aussi bien intentionnés que lui ; mais ayant enfin reconnu la folie d’une pareille recherche, il avoit pris le parti de faire par lui-même toutes les choses qu’il pouvoit dérober à leur mal-faisante activité. Comme il étoit fort entêté du bizarre projet de rendre ses sujets heureux, il agissoit en conséquence, & une conduite si singuliere lui donnoit parmi les Grands un ridicule ineffaçable. Le peuple le bénissoit, mais à la Cour il passoit pour un fou. A cela près, il ne manquoit pas de mérite ; aussi s’appelloit-il Phénix.

Si ce Prince étoit extraordinaire, il avoit une femme qui l’étoit moins. Vive,étourdie, capricieuse, folle par la tête, sage par le coeur, bonne par tempérament, méchante par caprice ; voilà en quatre mots le portroit de la Reine. Fantasque étoit son nom : nom célèbre qu’elle avoit reçu de ses ancêtres en ligne féminine, & dont elle soutenoit dignement l’honneur. Cette personne si illustre & si raisonnable, étoit le charme & le sup-