Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/212

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plice de son cher époux, car elle l’aimoit aussi fort sincérement, peut-être à cause de la facilité qu’elle avoit à le tourmenter. Malgré l’amour réciproque qui régnoit entre eux, ils passerent plusieurs années sans pouvoir obtenir aucun fruit de leur union. Le Roi en étoit pénétré de chagrin, & la Reine s’en mettoit dans des impatiences dont ce bon Prince ne se ressentoit pas tout seul : elle s’en prenoit à tout le monde, de ce qu’elle n’avoit point d’enfans ; il n’y avoit pas un courtisan à qui elle ne demandât étourdiment quelque secret pour en avoir, & qu’elle ne rendît responsable du mauvais succès.

Les médecins ne furent point oubliés ; car la Reine avoit pour eux une docilité peu commune, & ils n’ordonnoient pas une drogue qu’elle ne fît préparer très-soigneusement, pour avoir le plaisir de la leur jetter au nez, à l’instant qu’il faloit prendre. Les Derviches eurent leur tour ; il falut recourir aux neuvaines, aux voeux, sur-tout aux offrandes ; & malheur aux desservans des Temples oû Sa Majesté alloit en pélerinage : elle fourrageoit tout, & sous prétexte d’aller respirer un air prolifique, elle ne manquoit jamais de mettre sens dessus-dessous toutes les cellules des Moines. Elle portoit aussi leurs reliques, & s’affubloit alternativement de tous leurs différens équipages : tantôt c’étoit un cordon blanc, tantôt une ceinture de cuir, tantôt un capuchon, tantôt un scapulaire ; il n’y avoit sorte de mascarade monastique dont sa dévotion ne s’avisât ; & comme elle avoit un petit air éveillé qui la rendoit charmante sous tous ses déguisements, elle n’en quittoit aucun sans avoir eu soin de s’y faire peindre.

Enfin à force de dévotions si bien faites, à force de méde-