Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/228

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nouvelle héroîne du pays des Fées, deviendra un prodige de sagesse & de prudence, & sans avoir d’adorateurs se fera tellement adorer du Peuple, que chacun fera des vœux pour être gouverné par elle : sa bonne conduite avantageuse à tout le monde & à elle-même, ne fera du tort qu’à son frère, dont on opposera sans cesse les travers à ses vertus, & à qui la prévention publique donnera tous les défauts qu’elle n’aura pas, quand même il ne les auroit pas lui-même. Il sera question d’intervertir l’ordre de la succession au tr ône, d’asservir la marotte à la quenouille, & la fortune à la raison. Les Docteurs exposeront avec emphase les conséquences d’un tel exemple & prouveront qu’il vaut mieux que le peuple obéisse aveuglément aux enragés que le hasard peut lui donner pour maîtres, que de se choisir lui-même des chefs raisonnables ; que quoiqu’on interdise à un fou le gouvernement de son propre bien, il est bon de lui laisser la suprême disposition de nos biens & de nos vies ; que le plus insensé des hommes est encore préférable à la plus sage des femmes, & que le mâle ou le premier né, fût-il un singe ou un loup, il faudroit en bonne politique qu’une Héroîne ou un Ange, naissant après lui, obéît à ses volontés. Objections & répliques de la part des séditieux, dans lesquelles Dieu soit comme on verra briller ta sophistique éloquence ; car je te connois ; c’est sur-tout à médire de ce qui se fait, que ta bile s’exhale avec volupté, & ton amere franchise semble se réjouir de la méchanceté des hommes, par le plaisir qu’elle prend à la leur reprocher.

Tubleu, Père Druide, comme vous y allez, dit Jalamir tout surpris ; quel flux de paroles ! Oû diable avez vous pris