Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/31

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gloire, au jugement des Sages, que s’il eut conquis l’Univers.

Voilà ce que produit la force de l’ame ; c’est ainsi qu’elle peut éclairer l’esprit, étendre le génie & donner de l’énergie & de la vigueur à toutes les autres vertus ; elle peut même suppléer à celles qui nous manquent ; car celui qui ne seroit ni courageux, ni juste, ni sage, ni modéré par inclination, le sera pourtant par raison, si-tôt qu’ayant surmonte ses passions & vaincu ses préjugés, il sentira combien il lui est avantageux de l’être ; si-tôt qu’il sera convaincu qu’il ne peut faire fort bonheur qu’en travaillant à celui des autres. La force est donc la vertu qui caractere l’Héroïsme, & elle l’est encore par un autre argument sans replique que je tire des réflexions d’un. grand homme : les autres vertus, dit Bacon, nous délivrent de la domination des vices ; la seule force nous garantit de celle de la fortune. En effet, quelles sont les vertus qui n’ont pas besoin de certaines circonstances pour les mettre en œuvre ? De quoi sert la justice avec les tyrans, la prudence avec les insensés, la tempérance dans la misere ? Mais tous les événemens honorent l’homme fort, le bonheur & l’adversité servent également à sa gloire, & il ne regne pas moins dans les fers que sur le Trône. Le martyre de Regulus à Carthage, le festin de Caron rejetté du consulat, le sens-froid d’Epictete estropié par son maître ne sont pas moins illustres que les triomphes d’Alexandre & de César ; & si Socrate étoit morte dans son lit, on douteroit peut-être aujourd’hui. s’il fut rien, de plus qu’un adroit Sophiste.

Après avoir déterminé la vertu la plus propre au Héros, je devrois parler encore de ceux qui sont parvenus l’Héroïsme