Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/407

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comme à Rome où nul n’osoit s’égaler à lui, & que partout le coq est maître sur son fumier. Il se remit donc à grogner, & autant qu’on put l’entendre il sembla parler ainsi.

J’espérois, ô le plus sort de tous les Dieux ! que vous me protégeriez auprès des autres, & que si j’avois eu à me renommer de quelqu’un, c’eût été de vous qui me connoissez si bien. Car souvenez-vous -en, s’il vous plaît, quel autre que moi tenoit audience devant votre temple durant les mois de Juillet & d’Août ? Vous savez ce que j’ai souffert-là de miseres, jour & nuit à la merci des avocats. Soyez sûr, tout robuste que vous êtes, qu’il vous a mieux valu purger les étables d’Augias que d’essuyer leurs criailleries, vous avez avalé moins d’ordures.*

[*Il y a ici très-évidemment une lacune que je ne vois pourtant marquée s aucune édition.]

Or dites-nous quel Dieu nous serons de cet homme-ci ? En serons-nous un Dieu d’Epicure, parce qu’il ne se soucie de personne ni personne de lui ? Un Dieu Stoïcien, qui, dit Varron, ne pense ni n’engendre ? N’ayant, ni cœur ni tête il semble assez propre à le devenir. Eh. Messieurs ! s’il eût demandé cet honneur à Saturne même, dont, présidant à les jeux, il fit durer le mois toute l’année, il ne l’eût pas obtenu. L’obtiendra-t-il de Jupiter qu’il a condamné pour cause d’inceste autant qu’il étoit en lui, en faisant mourir Silanus son gendre, & cela pourquoi ? Parce qu’ayant une