Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/453

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Sophronie leve sur lui les yeux, la douceur, la pitié sont peintes dans ses regards. Innocent infortuné, lui dit-elle, que viens-tu faire ici ? Quel conseil t’y conduit ? Quelle fureur t’y traîne ? Crains-tu que sans toi mon ame ne puisse supporter la colore d’un homme irrité ? Non, pour une seule mort, je me suffis à moi seule, & je n’ai pas besoin d’exemple pour apprendre à la souffrir.

Ce discours qu’elle tient à son amant ne le fait point rétracter ni renoncer à son dessein. Digne & grand spectacle ! où l’amour entre en lice avec la vertu magnanime, ou la mort est le prix du vainqueur & la vie la peine du vaincu ! Mais loin d’être touché de ce combat de confiance & de générosité, le Roi s’en irrite.

Et s’en croit insulté, comme si ce mépris du supplice retomboit sur lui. Croyons-en, dit-il, à tous deux, qu’ils triomphent l’un & l’autre & partagent la palme qui leur est due. Puis il fait signe aux sergens, & dans l’instant Olinde cil dans les fers. Tous deux liés & adossés au même pieu ne peuvent se voir en face.