Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/104

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Tu peux bien te douter qu'après toute une année,

On est plus familier qu'après une journée ;

Et mille aimables jeux se passent entre amis, 90 Qu'avec un étranger on n'aurait pas permis.

Or, depuis quelque temps j'aperçois qu'Isabelle

Se comporte avec moi d'une façon nouvelle.

Sa cousine toujours me reçoit du même oeil ;

Mais, sous l'air affecté d'un favorable accueil, 95 Avec tant de réserve Isabelle me traite,

Qu'il faut ou qu'en secret prévoyant sa défaite

Elle veuille éviter de m'en faire l'aveu,

Ou que d'un autre amant elle approuve le feu.


CARLIN.

Eh ! Qui voudriez-vous qui pût ici lui plaire ? 100 Il n'entre en ce château que vous seul et Valère,

Qui, près de la cousine en esclave enchaîné,

Va bientôt par l'hymen voir, son feu couronné.


DORANTE.

Moi donc, n'apercevant aucun rival à craindre,

Ne dois-je pas juger que, voulant se contraindre, 105 Isabelle aujourd'hui cherche à m'en imposer

Sur les progrès d'un feu qu'elle veut déguiser ?

Mais, avec quelque soin qu'elle cache sa flamme,

Mon coeur a pénétré le secret de son âme ;

Ses yeux ont sur les miens lancé ces traits charmants, 110 Présages fortunés du bonheur des amants.

Je suis aimé, te dis-je ; un retour plein de charmes

Paie enfin mes soupirs, mes transports et mes larmes...