Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/241

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pu dire, écrire ou faire, il ne faloit point m’ôter les entrées, attendu que l’Opéra n’en étant pas moins possesseur de mon ouvrage, n’en devoit pas moins payer le prix convenu. Que faloit-il donc faire ? m’arrêter, me traduire devant les Tribunaux, me faire mon procès, me faire pendre, écarteler, brûler, jetter ma cendre au vent, si je l’avois mérite ; mais il ne faloit pas m’ôter les entrées. Aussi-bien, comment, étant prisonnier ou pendu, serois-je allé faire du bruit à l’Opéra ? Ils disent encore : puisqu’il se déplaît à notre théâtre, quel mal lui a-t-on fait de lui en ôter l’entrée. Je rebonds qu’on m’a fait tort, violence, injustice, affront ; & c’est du mal que cela. De ce que mon voisin ne veut pas employer son argent, est-ce à dire que je sois en droit d’aller lui couper la bourse ?

De quelque maniere que je tourne la chose, quelque regle de justice que j’y puisse appliquer, je vois toujours qu’en jugement contradictoire par-devant tous les Tribunaux de la terre, les Directeurs de l’Opéra seroient à l’instant condamnes à la restitution de ma Piece, à réparation, à dommages & intérêts. Mais il est clair que j’ai tort, parce que je ne puis obtenir justice, & qu’ils ont raison parce qu’ils sont les plus forts. Je défie qui que ce fois au monde de pouvoir alléguer en leur faveur autre chose que cela.

Il faut à présent vous parler de mes Libraires, & je commencerai par M. Pissot. J’ignore s’il a gagne ou perdu avec moi ; toutes les fois que je lui demandois si la vente alloit bien, il me repondoit ; passablement ; sans que jamais j’en aye pu tirer autre chose. Il ne m’a pas donne un fou de mon premier Discours, ni aucune espece de présent, sinon quelques