Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/243

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je crois qu’ils ont tort. Si j’etois plus facile sur les moyens d’acquérir, il me seroit moins douloureux de perdre, & l’on fait bien qu’il n’y a personne de si prodigue que les voleurs. Mais quand on me dépouille injustement de ce qui m’appartient, quand on m’ôte le modique produit de mon travail, on me fait un tort qu’il ne m’est pas aise de réparer, il m’est bien dur de n’avoir pas même la liberté de m’en plaindre. Il y a long-tems que le Public de Paris se fait un Jean-Jaques à sa mode, & lui prodigue d’une main libérale des dons dont le Jean-Jaques de Montmorenci ne voit jamais rien. Infirme & malade les trois quarts de l’Anne, il faut que je trouve sur le travail de l’autre quart de quoi pourvoir à tout. Ceux qui ne gagnent leur pain que par des voies honnêtes, connoissent le prix de ce pain & ne seront pas surpris que je ne puisse faire du mien de grandes largesses.

Ne vous chargez point, croyez-moi, de me défendre des discours publics, vous auriez trop à faire ; il suffit qu’ils ne abusent pas, & que votre estime & votre amitié me restent. J’ai à Paris & ailleurs des ennemis caches qui n’oublieront point les maux qu’ils m’ont’faits ; car quelquefois l’offense pardonne, mais l’offenseur ne pardonne jamais. Vous devez sentir combien la partie est inégale entr’eux & moi. Rependus dans le monde, ils y sont passer tout ce qu’il leur plaît sans que je puisse ni le savoir, ni m’en défendre : ne fait-on que l’absent à toujours tort ? D’ailleurs, avec mon étourdie franchise, je commence par rompre ouvertement avec les gens qui m’ont trompe. En déclarant haut & clair, que celui se dit mon ami, ne l’est point, & que je ne suis plus le